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Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Manet, Monet, Renoir

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Manet, Monet, Renoir

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Manet, Monet, Renoir

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« Sans Durand, nous serions morts de faim, nous tous les impressionnistes. Nous lui devons tout » : ainsi s’exprimait au soir de sa vie le peintre Claude Monet au sujet de celui qui fut son principal marchand au XIXe siècle. Paul Durand-Ruel (1831-1922) a le premier fait le pari de l’impressionnisme au début des années 1870, à l’heure où la « Nouvelle Peinture » de la vie moderne, vibrante et colorée, de Manet, Monet, Renoir, Degas, Sisley, Pissarro et Berthe Morisot, rencontrait l’incompréhension.  Visionnaire, il décide d’acheter leurs œuvres, de les exposer en France comme à l’étranger, inventant du même coup un nouveau métier, celui de marchand d’art contemporain.  Il est, au tournant du XXe siècle, le principal artisan de la consécration de l’impressionnisme, dont le succès ne s’est ensuite jamais démenti. 

2 septembre
QUI EST PAUL DURAND-RUEL ?

Paul Durand, (il s’agit du nom de son père auquel il ajoutera “Ruel” celui de sa mère) naît à Paris, le 31 octobre 1831. Ses parents dirigent alors un magasin qui est à la fois une papeterie et une boutique de matériel pour artiste. Ils abandonnent progressivement cette activité pour se consacrer à celle bien plus lucrative du commerce de tableaux. Ils exposent les œuvres d’artistes tels que Géricault et Delacroix. Bourgeois typiques du Second Empire, les Durand-Ruel offrent à leur fils de solides études. Paul souhaite s’orienter vers une carrière militaire. Mais pour des raisons de santé, il ne peut intégrer l’école de Saint-Cyr dont il avait pourtant réussi le concours d’entrée. Il travaille alors auprès des siens et fait la connaissance de nombreux artistes et collectionneurs qui passent par la galerie au moment des Salons, ces expositions officielles qui se tiennent chaque année. Paul voit alors défiler dans l’établissement paternel les peintres consacrés par les instances officielles : William-Adolphe Bouguereau ou Alexandre Cabanel, mais aussi les nouveaux-venus de la peinture comme Eugène Delacroix ou bien Gustave Courbet.

Il rencontre également les rénovateurs du paysage, que sont Camille Corot ou Jean-François Millet. Paul comprend le potentiel de ces peintres en rupture avec les tenants de l’académisme et prend des initiatives : il signe avec Corot et Millet des contrats d’exclusivité. Au décès de son père en 1865, Durand-Ruel donne encore plus d’importance à sa galerie et doit rapidement agrandir ses salles d’exposition. Pour soutenir les artistes dont il vend les œuvres, il crée la Revue internationale de l’art et de la Curiosité. Durand-Ruel est un homme paradoxal. Contraste étonnant entre le marchand novateur dont l’indiscutable flair et la conviction de mener un juste combat l’incitent à prendre des risques et la vie bourgeoise que mène ce père dévoué de cinq enfants, veuf à l’âge de 40 ans, fervent catholique et monarchiste convaincu. Ce « vieux chouan » comme le surnomme Renoir soutient le communard Courbet, l’anarchiste Pissarro ou les républicains Manet et Monet.

PORTRAITS DES ENFANTS

Près de dix ans après leur rencontre, Durand- Ruel commande à Renoir les portraits de ses enfants, Ces trois portraits, ainsi qu’un quatrième, Marie-Thérèse cousant (Williamstown, Sterling and Francine Clark Art Institute), peints à Dieppe, témoignent du respect et de l’amitié existant entre le marchand, sa famille et l’artiste. Renoir y dépeint un sentiment de bien-être, de sérénité et de droiture. Joseph est assis dans un fauteuil, vêtu d’un costume chic dans des tons chauds laissant entrevoir la chaîne d’une montre gousset. Un livre entre les mains, il a un air sérieux ; son regard droit inspire confiance et rayonne de sincérité. En tant qu’aîné, il bénéficie d’une toile à lui seul ; ses frères et sœurs se partagent les autres toiles deux par deux. 

Dans le portrait de Charles (1865-1892) et de Georges (1866-1931), la scène se situe à l’extérieur. Les deux hommes sont chics, vêtus de costumes trois-pièces. Charles, en costume gris clair, porte un médaillon et tient un journal ; Georges, en costume foncé, cigarette à la main, interpelle le spectateur de son regard franc. 

Les deux sœurs, Marie (1868-1937) et Jeanne (1870-1913), sont assises sur un banc ; leurs robes blanches reflètent les couleurs du jardin qui les entoure. Les trois fils de Paul travailleront à ses côtés à partir d’environ 1883. Une maladie emportera Charles à l’âge de vingt-sept ans. Ses frères s’occuperont des galeries de Paris et de New York, passant alternativement chacun six mois en France et six mois aux États-Unis.

LA "BELLE ECOLE DE 1830"

Par cette expression, Durand-Ruel désigne les peintres romantiques comme Delacroix, mais aussi les tenants du paysage réaliste (Rousseau, Corot, Millet, Courbet...) tout en traduisant sa profonde admiration. Cette « belle école » est au cœur des activités de la galerie. Quand Paul en reprend les rênes au milieu des années 1860 et l’installe rue Laffitte, il intensifie son soutien à ces artistes. Il achète massivement, recherche une exclusivité pour contrôler les prix et aider à la formation de grandes collections, autant de méthodes qu’il appliquera aux impressionnistes. Pour Durand-Ruel en effet, les deux générations ne sont pas uniquement liées par des affinités esthétiques, mais aussi par l’expérience fondatrice d’un décalage entre le temps de la création et celui du succès. À une époque où l’art contemporain était encore peu porteur, Durand-Ruel a introduit des innovations dans le fonctionnement du marché. Mais c’est en grande partie grâce à des prêts substantiels (et peu orthodoxes) qu'il a pu acheter des œuvres de l’école de 1830 sur une échelle sans précédent et financer sa nouvelle galerie, ouverte en 1869.

DELACROIX

Si Durand-Ruel s’est intéressé à l’école de 1830, c’est en grande partie par l’entremise de Delacroix, qu’il soutenait et qui avait été une grande source d’inspiration pour bon nombre de ces peintres paysagistes. Durand- Ruel éprouva très tôt une « admiration sans bornes » pour le « génie » d’Eugène Delacroix. Il se souvenait aussi de l’« éclat incomparable » de la rétrospective consacrée au peintre lors de l’Exposition universelle de 1855. C’est d’ailleurs elle qui l’incita à se lancer dans la carrière de marchand d’art. Entre 1866 et 1872, Durand-Ruel acheta cent deux Delacroix en partenariat avec son confrère Hector Brame, également grand admirateur du peintre. Leur premier Delacroix fut L’Assassinat de l’évêque de Liège et, au fil du temps, leurs acquisitions (à parts égales) en vinrent à couvrir tout l’éventail de la production de l’artiste, de la peinture d’histoire aux sujets orientaux et le paysage, de la peinture à l’huile à l’aquarelle.

En règle générale, ils revendaient rapidement, avec un bénéfice relativement peu important. Après la guerre de 1870, Durand-Ruel fit l’acquisition pour son propre compte d’un lot important d’œuvres de Delacroix et lors d’une vente aux enchères qui se tint le 21 mars 1873, il remporta le grand tableau présenté au Salon, La Mort de Sardanapale, pour 96 000 francs, un prix record pour l’artiste. Par la suite, Durand-Ruel fit connaître cette œuvre majeure en l’exposant à l’étranger, dans ses galeries en Angleterre, et à Vienne à l’occasion de l’Exposition universelle de 1873. Ainsi devint-il, au niveau international, le principal marchand d’art à représenter Delacroix. Globalement, le succès de Durand-Ruel dans les ventes de Delacroix fut mitigé, peut-être parce qu’il achetait les œuvres d’un artiste mort et déjà connu. Il eut beaucoup plus de succès avec les peintres encore vivants de l’école de 1830.

COROT

Le seul autre artiste que Durand-Ruel ait admiré autant que Delacroix est Jean-Baptiste Camille Corot, en qui l’on peut voir le chef de file de l’école de 1830. Entre 1866 et 1873, il acheta pour son compte deux cent vingt-cinq Corot, car il avait l’intention d’établir un monopole sur son œuvre. Dans cette entreprise menée de façon systématique, Durand-Ruel achetait à d’autres marchands ou à des collectionneurs. Beaucoup de ces acquisitions partirent pour la galerie de Londres, ou encore chez Hourquebie, le représentant de la galerie de Bruxelles. Durand-Ruel entendait donner une image complète de l’œuvre multiforme de Corot.  En cela, il se distinguait de ses prédécesseurs, qui avaient tendance à se concentrer sur certains aspects particuliers de la production du peintre, comme les études en plein air, lesquelles bénéficièrent d’une certaine vogue chez les marchands d’art de la rue Laffitte à partir des années 1850. En règle générale, Durand-Ruel faisait des profits modestes sur ces achats, qu’il vendait le plus souvent assez vite avec un bénéfice de vingt à trente pour cent.

ROUSSEAU

Durand-Ruel admirait aussi beaucoup Théodore Rousseau. À l’automne 1866, Durand-Ruel et Brame se rendirent dans l’atelier du peintre à Barbizon et y découvrirent de nombreuses œuvres. L’achat le plus spectaculaire concerne un groupe de quatre-vingt-onze œuvres, principalement des études exécutées en plein air, le tout pour la somme de 100 000 francs. Cette acquisition était un pari risqué. Financièrement, Durand-Ruel n’avait pas encore les reins très solides (son comptable lui conseilla de ne pas se lancer dans l’affaire) et les études de Rousseau étaient encore peu connues. C’était donc un investissement à long terme, la valeur individuelle de chaque étude était souvent faible, mais le marchand fit en sorte de susciter de l’intérêt pour la personnalité de l’artiste. Dans les mois qui suivirent, il vendit ces études avec des profits considérables. Durand-Ruel était prêt à conserver des œuvres très longtemps, conscient que des ventes précipitées pouvaient nuire à la cote d’un artiste. Il savait qu’il est important d’élaborer un discours critique et intellectuel autour de l’œuvre d’un artiste, car c’est un moyen d’accroître sa valeur économique.

COURBET

Au début des années 1870, Durand-Ruel jeta aussi son dévolu sur Gustave Courbet. Jusqu’ici, il n’avait que quelques tableaux de lui, achetés de concert avec Brame, mais il décida de se lancer dans une politique d’achat plus agressive. D’un point de vue politique, Durand-Ruel — conservateur, catholique et royaliste — se situait à l’opposé de Courbet, qui appartenait à la gauche radicale, mais cela ne l’empêcha pas de lui apporter son soutien. À l’époque de la guerre de 1870, quand l’atelier parisien de Courbet fut menacé par les bombardements prussiens, Durand-Ruel mit à l’abri des œuvres majeures comme Un enterrement à Ornans et L’Atelier du peintre. Peu après, il manifesta son ouverture d’esprit en achetant le Retour de la foire, œuvre anticléricale, qu’il revendit immédiatement avec un bénéfice de cinquante pour cent. En avril 1872, il acquit ainsi vingt-six tableaux et un autre lot de vingt-quatre tableaux, dont des marines et des vues de Franche-Comté. Il monta également une exposition Courbet à Vienne au moment de l’Exposition universelle de 1873. Courbet lui témoigna sa gratitude.

L’HERITAGE DE DURAND-RUEL

Dans ses mémoires, Durand-Ruel affirme que son intention était de faire monter la cote des œuvres de l’école de 1830 et indubitablement, il a réussi. La fin des années 1860 correspond à une période particulièrement remarquable de sa carrière. Sur un plan purement financier, l’école de 1830 représente le plus gros de ses investissements : il a acheté les œuvres les plus importantes de chacun de ses peintres, mais il s’est intéressé aussi à leurs méthodes de travail et à leur personnalité. Réagissant avec beaucoup de sensibilité à la qualité méditative de leur peinture, il s’est personnellement investi avec une intensité qu’on ne lui connaîtrait pas avec les impressionnistes. Naturellement, il avait conscience aussi de pouvoir spéculer sur leurs œuvres. Les stratégies audacieuses utilisées pour faire monter la valeur des œuvres constituèrent un nouveau modèle qui devait être repris plus tard par d’autres grands marchands. Sa manière de « monopoliser » Corot, Millet et Rousseau fixait un exemple pour l’avenir.

LA DECOUVERTE DES IMPRESSIONNISTES ET DE MANET
LA RENCONTRE AVEC LES IMPRESSIONNISTES

Durand-Ruel rencontre Monet et Pissarro, par l’intermédiaire de Daubigny en 1871 à Londres, où tous trouvent refuge pendant la guerre franco-prussienne et la Commune. Monet et Pissarro avaient exposé au Salon à Paris la décennie précédente, mais Durand-Ruel est alors séduit par les tableaux clairs, souvent peints en plein air dans la capitale anglaise. Il acquiert et expose leurs œuvres à Londres où il a une succursale de 1871 et 1875. A son retour à Paris, le marchand s’intéresse à Sisley, Degas et, dans une moindre mesure alors, à Morisot et à Renoir. Alors que Manet n’a encore vendu que quelques œuvres, le marchand découvre en 1872 deux de ses tableaux dans l’atelier du peintre belge Alfred Stevens, Le Saumon et Le Port de Boulogne,  qu’il achète immédiatement. 

Quelques jours plus tard, Durand Ruel rend visite à Manet dans son atelier et lui achète vingt-trois tableaux d’un coup, dont Le Combat du « Kearsarge  » et de l’« Alabama » et Le Lecteur.  C’est un véritable coup de foudre. Pour tous ces artistes, cette rencontre marque un tournant décisif : Durand-Ruel montre leurs oeuvres dans ses galeries de Paris, Londres et Bruxelles. 

S’il vend peu de tableaux, un embryon de réseau d’amateurs aventureux se constitue, ce qui encourage les peintres, à l’exception de Manet, à s’affranchir d’un système académique hostile en organisant chez le photographe Nadar une première exposition de groupe en 1874, acte de naissance public de l’impressionnisme en 1874.

LA CRISE DE L’IMPRESSIONNISME

Le dévouement de Durand-Ruel à l’école nouvelle lui vaut bientôt de graves déboires. Une violente campagne contre Manet, Monet, Renoir, Sisley, Degas et Puvis de Chavannes, et les autres artistes que le galeriste avait eu l’audace d’accueillir prend corps. Attaqués par les partisans de l’Académie et des vieilles doctrines, par les critiques d’art et la presse toute entière, ces artistes deviennent la risée des Salons et du public. Quant à Durand-Ruel, coupable d’avoir présenté et d’osé défendre des œuvres pareilles, il est traité de fou. Fortement endetté, il doit brader son énorme stock d’œuvres de l’école de Barbizon, qu’il ne peut vendre qu’en passant par des courtiers, son nom faisant fuir les acheteurs potentiels. Grâce à des accommodements avec ses créanciers, il parvient à échapper à la ruine, mais en 1874 il doit pratiquement cesser d’acheter les œuvres de ses amis impressionnistes et souffre financièrement. Malgré toutes ces difficultés, le marchand persiste.

LA CONSECRATION DE L’INTUITION

En vérité, c’est d’Amérique que vient le salut des impressionnistes et de Paul Durand-Ruel. En 1885, Durand-Ruel reçoit de James Sutton, directeur de l’American Art Association, une invitation à exposer à New York, tous frais payés. Durand-Ruel s’embarque avec trois cents tableaux, malgré la réticence des artistes, qui se montrent sceptiques. Mais l’artiste américaine Mary Cassatt  aide son marchand dans cette entreprise ; elle lui présente son amie d’enfance Louisine Havemeyer et son époux Henry Havemeyer, le « roi du sucre ». Tous deux compteront parmi les grands amateurs de Manet et des impressionnistes et seront de fidèles clients de Durand-Ruel. Il était déjà reconnu aux États Unis comme le champion de l’école de Barbizon. Aussi, à l’exposition qu’il présente à New York en 1886, le public et les amateurs se pressent-ils sans a priori, faisant confiance au marchand, qui peut écrire dans ses mémoires. C’est la première fois qu’une exposition impressionniste reçoit un bon accueil de la part du public et de la presse, au point qu’elle doit être prolongée.

LES EXPOSITIONS DE 1883

Entre février et juin 1883, chaque mois, Durand-Ruel consacre une exposition particulière à Boudin, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley qu’il a commencé à acheter dès 1870, mais n’a jamais montrés seuls. Alors que le nombre d’œuvres par artiste dans les règlements du Salon ne dépasse pas un ou deux, l’exposition individuelle n’est ni la convention, ni la consécration artistique que nous connaissons aujourd’hui. Cette série apparaît comme une première dans l’histoire des expositions, dans le parcours du marchand et des peintres. On ne peut que mieux souligner le rôle accordé depuis au marchand dans la marche de l’impressionnisme vers la reconnaissance. Après avoir repris ses achats aux impressionnistes en 1881, Durand-Ruel affronte à nouveau une grave crise financière. Il maintient néanmoins une activité intense, surtout en matière d’expositions, montrant les peintres à Londres et pour la première fois aux Etats-Unis et en Allemagne. Les expositions de 1883 apparaissent comme un jalon dans la construction du modernisme, fondée sur la mise en valeur de l’artiste.

DURAND-RUEL ET L'INTERNATIONAL

Au début des années 1880, Durand-Ruel se lance à la recherche de nouveaux marchés. Il envoie des œuvres à Londres, mais aussi à Berlin et à Boston en 1883, puis en 1886 à New York, où il ouvre une galerie. Le marchand devient l’interlocuteur privilégié d’amateurs fortunés, tels les Havemeyer à New York, les Palmer à Chicago ou encore Alexander, le frère de Mary Cassatt à Philadelphie. La conquête du marché américain marque un tournant. L’impressionnisme s’engage sur la voie du succès commercial et de la reconnaissance internationale sous l’impulsion de Durand-Ruel. En 1905, il réunit aux Grafton Galleries de Londres plus de 300 oeuvres de Manet et des impressionnistes. L’exposition couronne avec éclat une aventure commencée trente ans plus tôt dans cette même ville et traduit la place nouvelle et centrale désormais acquise par la figure du marchand d’art. « Imposer » des « artistes très originaux », écrivait Durand-Ruel en 1885 : ces principes, assumés avec ténacité et conviction, définissent une nouvelle vision qui sera revendiquée par les générations de galeristes jusqu’à aujourd’hui.

DURAND-RUEL ET L’AMÉRIQUE

En 1887, Durand-Ruel ouvre une galerie à New York. Les collectionneurs, artistes et marchands américains, qui visitent régulièrement la rue de la Paix et la rue Laffitte, contribuent à établir la réputation de ce pourvoyeur en tableaux. Les expositions et ventes organisées par Durand-Ruel aux États-Unis dans les années 1880 rencontrent des succès variables, mais elles ont au moins convaincu le marchand que l’Amérique était un marché porteur pour la peinture française moderne. Sa galerie va bientôt devenir florissante et favoriser le développement des collections américaines de peintures impressionnistes, malgré les droits de douane élevés sur les importations d’œuvres d’art et les dix jours de traversée en bateau depuis Paris. Dans l’esprit du marchand, cette initiative devait même sauver ses affaires : « Sans l’Amérique, écrit-il, j’aurais été perdu, ruiné, après avoir acheté tant de Monet et de Renoir. [...] Le public américain a acheté modérément, c’est vrai, mais grâce à ce public, Monet et Renoir ont pu vivre et, après cela, le public français a suivi. »

DURAND-RUEL ET L’ALLEMAGNE

Dès 1867, Durand-Ruel noue des relations avec le marché de l’art allemand. Son client était le commissaire-priseur et marchand d’art berlinois Rudolph Lepke. Jusqu’en 1873, Lepke achète régulièrement des tableaux à Durand-Ruel. Le berlinois fit l’acquisition d’un total de vingt-neuf peintures, des artistes de salon tels qu’Alfred Stevens, Auguste Toulmouche ou Alexandre Calame, mais aussi de peintres de l’école de Barbizon tels que Camille Corot, Théodore Rousseau ou Constant Troyon. Mais en 1873, il mettait un terme à ses achats chez Durand-Ruel. Dix ans plus tard, Durand-Ruel établit une relation avec le marchand d’art berlinois Fritz Gurlitt. Fin 1883, il expédie vingt-quatre peintures à Gurlitt et une exposition se tint à sa galerie à partir de la collection de Carl Berstein. Par le vaste écho, en partie très critique, qu’elle trouva dans la presse, l’exposition attira l’attention sur les peintres français — on la considère aujourd’hui comme un événement majeur dans l’accueil réservé à l’impressionnisme français. Aucun tableau, cependant, ne fut vendu et cette collaboration resta sans lendemain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Textes issus du catalogue de l'exposition

 

 

Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme - Manet, Monet, Renoir